Edito

L’Art du réalisme Singulier de Pierre Malbec

Il est des artistes en herbes, des artistes en verve , et des artistes singuliers.

Pierre Malbec est déjà singulier par son parcours ...
Ici pas d’académies des beaux-arts mais l’école de la vie la vrai. Il a d’abord fait ces armes à la rencontre des objets qui sont le reflet des formes et de la fonction, mais aussi la mémoire d’un moment, d’une vie.
La période qui le préoccupe est celle de l’après-guerre, vaste laboratoire de la recherche tout azimut qui a vu naître les plus belles réalisations d’un modernisme révolutionnaire et révolu.
L’œil ainsi aiguisé peut passer de l’autre côté du miroir et devenir médium propice à la création. Son territoire est désormais celui d’une archéologie en devenir...

" Les ferrailles accumulées portent encore les stigmates de leurs fonctions passées, vestige d’une industrie obsolète. Une rencontre vient et la séduction anime l’inspiration de l’artiste.... Le premier contact consommé, il prend en charge les débris et par l’alchimie de la communication entre l’Artiste et les matériaux se reconstruit une histoire ou l’esthétique, étique de l’illusoire est transcendé par la magie du voyant plasticien.
Une poutre en équilibre semble nous conter son histoire et exhibe impudique les traces à peine retouché des pigments de sa splendeur passée...
Alors survient au détour de son flanc une greffe «implant» arbitraire qui réoriente la prétentieuse vers une singulière communion qui  renvoi le spectateur aux rituels  de nos mémoires ouvertes en un livre cosmique. La rencontre se fait aussi avec l’outil abandonné qui transpire encore de la sueur et du labeur d’une humanité à la peine mais entièrement voué à sa destinée.  Sur ce registre l’artiste excelle. Il nous restitue des idoles des temps jadis ou d’un possible jour d’après...
Un guerrier surgit d’une meule qui n’en pouvais plus d’avoir tant tourné, son salut vient par l’artiste qui lui propose un corps de fer et des armes de mystères. Ainsi paré, la nouvelle incarnation prend son expansion dans le présent en gardien du possible renouveau, d’un âge d’or encore endormi, rêvant comme l’artiste du moment de son ultime réveil. Là ce sont les restes suppliants d’une carcasse de tôle froissée, accident de la route ou fin de parcours d’un rêve consommé... A l’inverse d’un César, Malbec n’en rajoute pas, tout au plus il interroge les lambeaux de mystères, il magnifie les restes de couleurs stratifiés en une superbe géologie et élève la scorie en revenante  d’une improbable victoire de Samothrace pour la postérité...
L’artiste sait lire la dialectique, et entendre l’appel de la matière transformée mainte fois, et mainte fois revenue à la vie par la magie du recyclage, par la main de l’homme sur elle imposé. "

Pierre Malbec n’est pas sculpteur au sens propre, mais plutôt «structurateur» de matière, il a ce naturel propre aux artistes qui ne s’embarrassent pas des concepts à la mode, mais œuvre en silence pour une quête intérieure et authentique qui va si bien à l’œuvre. A cela s’ajoute un coloriste hors pair qui reprend dans les deux dimensions les formes qu’il a fraîchement érigées. Il laisse là, libre cours à sa  nature, épure d’abstractions figuratives. Chaque sculpture a sa réponse sur le châssis, où les ocres jaunes et rouges, les bleus, les bruns, se structurent encore une fois par d’habiles grattages, révèlent l’aplat de la couleur naissante dans la forme qui s’imbrique en une géométrie primaire se passent de grand discours....
Il s’aventure également dans la réalisation d’objets utiles qui résonnent, sans qu’il s’y perdre,  des enseignements des maîtres constructeurs du XX ème siècle. Pierre Malbec réussit en un tour de main à n’extraire de rien un langage poétique personnel qui réconcilie le spectateur trop souvent égaré dans les méandres d’une création contemporaine faussement hermétique mais souvent indigeste.

Pierre ORIMAN